L'histoire d'Aujols

 

La seigneurie d'Aujols

La première mention du fief d’Aujols date du XIIIe siècle. Il ne semble pas exister d’autres seigneurs à Aujols que les Cardaillac. La branche principale de Bioule, puis le rameau de Saint Cirq et Cieurac font hommage au chapitre de Cahors de nombreuses possessions dans la région, dont Aujols : en 1252, Bertrand de Cardaillac-Bioule hommageait au chapitre de Cahors pour le fief d’Aujols. Le château d'Aujols a été construit dans la seconde moitié du XIIIe siècle, donc par la famille de Cardaillac-Bioule.

La situation d’Aujols à la fin de la guerre de Cent Ans n’était pas bien différente de celle de la plupart des villages quercynois : ce petit bourg florissant était, selon les textes, dévasté, ruiné et abandonné par ses habitants. En 1455, Jean de Cardaillac-Saint-Cirq, coseigneur d’Aujols, accensa à nouveau la seigneurie (facilités fiscales, concessions de terre, …) afin d’encourager la venue de nouveaux habitants : 25 nouveaux feux prirent alors possession des lieux.

En 1543, Antoine de Cardaillac, seigneur de Peyre en Gevaudan, hommage pour Saint Cirq, Cieurac, Concots et Aujols, au chapitre de Cahors. En 1548, son fils, Antoine II fait un accord avec les habitants d’Aujols au sujet des aréages de la rente. La veuve de ce dernier, Antoinette de Paluels, vend aux consuls des rentes sur les paroisses d’Aujols et de Laburgade. Le château d’Aujols fut laissé par Bertrand II de Cardaillac-Bioule à sa veuve.

Les Cardaillac-Bioule ont perdu la seigneurie d'Aujols à la fin du XVe siècle et le château d'Aujols est alors abandonné.

En 1631, Antoine de Fontanges, seigneur de Laroque-des-Arcs, vend la moitié de la terre d’Aujols à damoiselle de Vanis de noble Antoine de Fontanges, seigneur de Laroque des Arcs et Charles de Fontanges, seigneur de Saint Hilaire. Il s’agit de la partie de Flaujac et de Hauteserre qui passa aux Dadine de Hauteserre.

La famille de la Popie de Saint Cirq avait au XIVe siècle dans Aujols un fief de la Raymondie. 

Aujols avait ses consuls au nombre de 3.

 

Une économie basée sur l’autarcie 

Au cours du XIXe siècle, l’économie reposait principalement sur une activité rurale très diversifiée visant à assurer la survie de chaque famille. Ainsi, la monographie rédigée par l’instituteur de la commune en 1871 nous indique que : « le sol de nature calcaire est très fertile et très bien cultivé. Il est propice à toute espèce de culture. La vigne est un des principaux produits de cette commune, aussi la cultive-t-on à grande échelle. Son vin de très bonne qualité est recherché par le commerce. Sont cultivés le blé, le seigle, le maïs, la pomme de terre et l’avoine, ainsi que différentes espèces d’arbres fruitiers dont le noyer et l’amandier. Se cultive aussi un peu de chanvre, pas de lin, ni de tabac ».

Fin XIXe siècle, on dénombre à Aujols, 3 foires ayant lieu les 25 avril, 25 juin et 25 août, 3 cabarets et 1 café.

Le cadastre ancien daté de 1808, indique également 2 moulins à vent situés au lieu-dit Brunard. Non mentionnés à la fin du XIXe siècle, ils ont probablement interrompu leur activité à cette époque. 

 

Le vignoble 

L’importance du vignoble est détaillée par le contrôleur des contributions directes : « le vin est un des principaux produits d’Aujols. Cette nature de culture occupe prés du quart de la superficie totale du territoire. Elle est généralement plantée sur des terrains calcaires des qualités inférieures. Les espèces de raisins cultivées sont les mêmes que celles énumérées pour Cieurac (pour les raisins noirs : l’auxerois bordelais à côte grise, l’auxerois à côté rouge dit pied de perdrix, l’auxerois à côte blanche dit mérau, le malaga dit raisin de pause, le mauzac, le piqueboul, le négrabet, le plan du bras dit tripemol ; pour les raisins blancs : le blanquette primeur dit moissagais, le saint émilion, le loubal, le mauzac, le taloche, le bouillant, le brusseng, le blanquet). Les autres raisins fins tels que le chasselas, l’ambroisie, le muscatel, le silan dit doucayne, le muscat et ses variétés, ne sont presque pas cultivés. Les vignes sont travaillées à bras et exigent 40 journées par hectare de travail annuel, évaluées à 1,25. Le produit moyen est de 8 barriques (220 litres) aussi par hectare, évaluées à 25F l’une ».

Le vin est de bonne qualité, très recherché et les excédents sont vendus dans le Tarn et Garonne et surtout dans l’Aveyron d’où les marchands de vin viennent les chercher avec leurs charrettes.

Lorsque le vignoble est anéanti par le phylloxéra vers les années 1880, l’activité agricole va alors se reconvertir en partie dans la culture de la truffe qui deviendra florissante.

 

De la vigne à la truffe 

Le Chanoine Sol cite dans son ouvrage sur les paysans de 1938, que sur le Causse de Limogne la récolte de truffe était déjà en 1781, une véritable ressource. Mais l’apogée de la production de la truffe sur le département se situe entre 1900 et 1914, époque où les chênes semés sur les vignes abandonnées sont en production. Après 1914, une décroissance progressive de la production s’explique notamment par la perte du savoir-faire et le manque de main d’œuvre dus à la première guerre mondiale ainsi que l’exode rural après la deuxième guerre mondiale.

A ces phénomènes sociaux, viennent également s’ajouter des phénomènes d’ordre mycologique, climatique et technique (évolution des techniques de cultures), plus mystérieux.

 

1889

1914

1940

1955

1971

Lot

360

218

125,6

100

40

France

1944

985

435

212

113

La production de la truffe en tonnes dans le département du Lot

 

Les mutations sociales 

A l’aube du XXe siècle, la société rurale traditionnelle commence à sentir les prémices d'une mutation qui deviendra importante surtout après la première guerre mondiale.

D’abord, le patois est interdit dés le début du siècle. Ensuite, les années 1900 marquent le début d’un exode rural favorisé par l’introduction du chemin de fer. La première guerre mondiale entraîne un important déficit en population masculine, donc en main d’œuvre, ainsi qu’une perte du savoir-faire porté par les hommes, notamment dans la culture de la truffe. Après la guerre, l’exode s’intensifie tandis que la population paysanne change de classe sociale en allant travailler dans les villes. En 1930, l’arrivée des premières machines agricoles marque un tournant important dans la vie rurale. Tandis que l’activité agricole s’industrialise, le besoin de main d’œuvre se réduit. A l’aube de la seconde guerre mondiale, la mutation de la société agricole est déjà bien amorcée.

 

Une forme urbaine pérenne depuis le XIXe siècle 

De son riche passé historique, le village d'Aujols n'a conservé que quelques vestiges : le mur crénelé qui permet de situer le château des Cardaillac sans toutefois permettre de le reconstituer, l'église qui conserve des éléments médiévaux. 
Il est aujourd'hui difficile de retrouver la forme du noyau médiéval venu se former au contact du château et de l'église du fait de la destruction du château puis de la démolition de l'îlot de l'église. 

Depuis le XIXe siècle, la forme urbaine d'Aujols a peu évolué. Le village s'est considérablement densifié au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, en s'effectuant dans la continuité de la forme urbaine initiale. Fin XIXe siècle et début XXe siècle furent aussi l'époque de la réalisation des principaux équipements publics (école et mairie), venus se grouper autour du coeur du village : le lavoir. 

 

L'identité du site d'Aujols 

L'identité du site d'Aujols repose à la fois sur la particularité géographique de son lieu d'implantation ainsi que sur le positionnement particulier du bâti dans ce lieu. En effet, le village ne s'est pas implanté uniquement sur le plateau, comme la majorité des villages caussenards, mais au creux d'un bassin. Ce bassin, creusé dans le plateau par l'action d'un ancien réseau hydrographique très ramifié, se distingue par son relief complexe qui génère une succession de vis-à-vis. Le bâti, obéissant à une logique d'occupation agricole est alors venu occuper les micro reliefs dégagés par l'érosion fluviale, afin de libérer les terres agricoles des fonds de vallées fossiles. L'implantation du bâti sur les reliefs dégage alors des espaces naturels qui sont autant de respirations et de micro-paysages qui mettent en scène le village.

 

extrait du rapport de présentation de la ZPPAUP d'Aujols par Gaëlle DUCHENE